Quitter le site
en danger ?
112

Focus sur l'intersexuation

Qu’est-ce que l’intersexuation ?

Les personnes intersexuées naissent avec des caractéristiques physiques liées au sexe qui ne correspondent pas complètement à ce qui est habituellement considéré comme “féminin” ou “masculin”.

L'intersexuation peut toucher différentes parties du corps ou la façon dont il fonctionne :

  • les chromosomes. Par exemple, un homme peut découvrir à l’âge adulte qu’il a des chromosomes considérés comme “féminins”.
  • les hormones. Par exemple, le corps d’un garçon peut produire très peu de testostérone ou celui d’une fille très peu d’œstrogènes.
  • les organes reproducteurs. Par exemple, les organes reproducteurs externes (pénis, vulve, clitoris) peuvent avoir une taille considérée comme “hors normes”, ou une femme peut ne pas avoir d’utérus.
  • certaines caractéristiques qui apparaissent à la puberté, comme les poils, la poitrine, la mue de la voix ou les règles. Par exemple, une fille peut ne jamais avoir de règles, un garçon peut ne pas développer une voix plus grave, une femme peut avoir de la barbe, etc.

Les personnes intersexuées peuvent posséder des caractéristiques des deux sexes, des traits pas tout à fait féminins ou masculins, ou ne correspondant à aucun des deux. L’intersexuation peut être découverte à la naissance, pendant l’enfance ou à l’âge adulte.

L’intersexuation fait partie des variations naturelles du corps humain. Les recherches scientifiques actuelles montrent en effet qu’il existe une grande diversité dans les caractéristiques qui composent le sexe, et qu’elles ne correspondent pas toujours aux catégories “féminin” et “masculin”.

Dans la grande majorité des cas, l’intersexuation ne pose pas, à elle seule, de problème de santé et ne nécessite pas d’intervention médicale.1 Certaines personnes intersexuées peuvent avoir des problèmes de santé, par exemple au niveau du cœur, des poumons ou de l’audition, mais ces problèmes ne sont pas directement liés à leur intersexuation.

L’intersexuation touche certaines caractéristiques physiques avec lesquelles on naît : elle concerne le sexe, et non le genre. Les personnes intersexuées peuvent être des femmes, des hommes, des personnes non-binaires, etc. L’intersexuation n’a pas non plus d’impact sur l’orientation sexuelle d’une personne.

Pourquoi on n’entend jamais parler des personnes intersexuées ?

L’intersexuation est une réalité encore peu connue. Pourtant, elle concerne environ 1,7 % de la population, soit 1 personne sur 60.

Dans notre société, la plupart des gens considèrent encore que le sexe se résume à deux catégories, les femmes et les hommes. Dès la naissance, les bébés sont classés comme “fille” ou “garçon” sur base d’un examen rapide de leurs organes génitaux. Notre société fonctionne comme s’il n’existait que ces deux catégories : on le voit notamment dans les toilettes et les vestiaires, sur les documents officiels, dans le sport, etc. Les personnes dont le corps ne correspond pas complètement à une de ces deux catégories sont considérées comme “anormales”. Leur existence a souvent été ignorée ou passée sous silence. Pourtant, les personnes intersexuées ont toujours existé.

Les personnes intersexuées subissent de la discrimination, appelée interphobie, sous différentes formes : moqueries, rejet, mise à l’écart ou encore traitements médicaux visant à faire entrer leur corps dans les catégories “homme” ou “femme”.

L'interphobie renforce l’idée qu’il n’y aurait qu’une seule façon “correcte” d’avoir un corps féminin ou masculin. Par exemple, une femme qui a beaucoup de poils sur le visage peut être vue comme “anormale”. Un homme qui a une voix aiguë peut être ridiculisé. Une fille née sans utérus peut être considérée comme “incomplète”.

Les interventions médicales sur les personnes intersexuées

De nombreuses personnes intersexuées ont subi des interventions médicales pour “normaliser” leurs corps. Il peut s’agir d’opérations, de traitements hormonaux ou d’examens médicaux répétés et invasifs. Selon une enquête du Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, 96 % des personnes intersexuées interrogées déclarent avoir reçu des traitements hormonaux, et plus de 64 % ont subi une opération des organes reproducteurs.

Ces interventions ont souvent lieu pendant l’enfance, alors que la personne est trop jeune pour comprendre ce qui lui arrive ou pour donner son accord. En effet, les données de l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne (FRA) montrent qu’une grande partie de ces interventions a lieu avant l’âge adulte : 44 % avant 14 ans et 69 % avant 18 ans. Ce sont alors les parents qui doivent donner leur accord pour que l’intervention ait lieu. Mais les familles reçoivent peu d’informations accessibles et d’accompagnement. Elles ont souvent des difficultés à comprendre les informations médicales et les termes complexes utilisés par les médecins.

Les interventions sont justifiées par deux arguments principaux :

  • ‍Prévenir d’éventuels problèmes de santé. Pourtant, les connaissances scientifiques actuelles montrent que le fait d’être intersexué·e n’entraîne pas de risque supplémentaire pour la santé, sauf dans certains cas rares.1‍
  • Eviter un mal-être à l’enfant, qui risque de souffrir de sa différence. Cette façon de penser pose une question importante : est-il préférable de modifier le corps d’un enfant qui ne peut pas encore décider, ou de faire évoluer le regard de la société sur les corps intersexes ?

Les interventions médicales peuvent avoir des conséquences physiques et psychologiques qui durent toute la vie. Par exemple, elles peuvent provoquer des douleurs chroniques, une perte de sensibilité, des complications médicales ou, dans certains cas, une infertilité définitive.

Les enfants intersexué·es sont encore peu protégé·es contre les interventions médicales non-consenties. Selon l’Intersex Legal Mapping Report d’ILGA, seuls 6 % des États membres de l’ONU protègent explicitement le droit à l’intégrité corporelle des personnes intersexuées. En Belgique, il n’existe actuellement pas de loi fédérale spécifique qui protège les personnes intersexuées contre ces interventions.

L’impact des discriminations interphobes

Les personnes intersexuées peuvent subir des discriminations à l’école, au travail, dans les services de santé, mais aussi dans leurs relations sociales et familiales. Selon l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne (FRA), 72,81% des personnes intersexuées déclarent avoir subi du harcèlement au cours de leur vie. 49,40% disent avoir subi une agression physique ou sexuelle.

Ces discriminations ont des conséquences concrètes sur la vie quotidienne. Elles peuvent par exemple rendre plus difficile l’accès à l’emploi (27,9 %), au logement (34 %) ou à des ressources financières suffisantes (25 %). Les personnes intersexuées peuvent aussi être davantage isolées. Leur entourage, souvent peu informé, peut avoir du mal à comprendre leur situation ou les rejeter.

Les discriminations, le rejet et les interventions médicales subies peuvent avoir des conséquences graves sur la santé mentale des personnes intersexuées. Iels disent ressentir des niveaux élevés de stress ou d’anxiété, une faible estime de soi, un rapport difficile au corps, ou encore des épisodes dépressifs. Les expériences de rejet ou de jugement peuvent rendre plus difficile la création de relations basées sur la confiance et l’intimité.

En conclusion

L’intersexuation fait partie de la diversité naturelle des corps humains. Pourtant, les personnes intersexuées restent encore très peu visibles dans la société. Elles font face à de nombreuses idées reçues, à des discriminations et à des interventions médicales non consenties.

Respecter les droits des personnes intersexuées, c’est leur permettre de recevoir des informations claires et adaptées sur leur corps et leur santé. C’est aussi respecter leur intégrité physique et leur capacité à participer aux décisions qui concernent leur corps. Enfin, c’est lutter contre les préjugés et construire une société dans laquelle chaque personne peut vivre et s’épanouir sans devoir modifier son corps ou sa façon d’être pour correspondre aux attentes liées au sexe.

“Ma vision du monde a beaucoup changé depuis que j’ai commencé à apprendre qui je suis, à m’aimer et à me nommer comme ce que je suis réellement, une personne intersexe. Mais le message est clair, les enfants ne devraient pas avoir à souffrir à cause d’une idée démodée et dépassée du sexe, la nature n’est pas binaire, nous ne sommes pas seulement masculins et féminines, et l’idée que nous pouvons placer de force les gens dans ces cases résulte en violences physiques et émotionnelles réelles.” — #MonHistoire Intersexe, OII Europe, p. 47

Pour aller plus loin

‍

‍

1 Une intervention médicale urgente est nécessaire dans des cas rares comme la perte de sel associée à ce qui est appelé l’“hyperplasie congénitale des surrénales”, le diabète ou encore les bébés naissant avec l’urètre fermé. Certaines variations intersexes ont des composantes hormonales qui peuvent affecter la croissance durant l’enfance ou à l’adolescence, ce qui nécessite un suivi médical régulier.

Thématiques connexes

Une demande urgente ? Contacte-nous rapidement via ce formulaire, nous te répondrons dans les 3 jours ouvrables.
Merci ! Votre message a bien été envoyé.
Une erreur est survenue, veuillez essayer à nouveau.