
À l’école, chaque membre du personnel éducatif est garant·e de la sécurité et du bien-être des élèves. Pourtant, les insultes LGBTQIA+phobes restent fréquentes, qu’elles prennent la forme de « blagues » ou de situations de harcèlement. Quelle que soit l’intention de l’auteur·rice, les propos et actes LGBTQIA+phobes peuvent avoir des conséquences graves pour les victimes. Les professionnel·les de l’éducation ont la responsabilité d’agir. Le silence n’est jamais neutre.
Avant d’outiller ou de conseiller une victime de LGBTQIA+phobie, avant même de présumer ce qu’il s’est passé, il y a une première étape indispensable : accueillir.
Accompagner une personne LGBTQIA+, c’est d’abord lui offrir un espace où elle peut exister sans être jugée, corrigée ou mise en doute. Cela passe par des choses simples : un lieu à l’écart, un moment d’écoute, une attitude bienveillante et disponible. Dans un contexte scolaire où les identités LGBTQIA+ sont minoritaires, un tel espace devient précieux.
Être un soutien pour une victime ne signifie pas avoir réponse à tout. C’est :
Cette posture suppose aussi de respecter le rythme du/de la jeune. Le coming-out, par exemple, ne peut jamais être forcé. Il ne faut pas encourager à "dire la vérité" à tout prix, mais soutenir la personne dans ses propres choix, en tenant compte de sa sécurité, de son contexte familial et de ses ressources.
Dans cette optique, il est impératif de ne pas "outer” la personne concernée. Même avec de bonnes intentions, révéler ou suggérer l’identité LGBTQIA+ d’un·e élève à d’autres personnes, que ce soient des membres du personnel éducatif, sa famille ou des élèves, peut avoir des conséquences graves, voire dangereuses. La confidentialité est un élément central de la relation de confiance, qui permet d’assurer la sécurité du/de la jeune.
Il est également important de ne pas réduire la personne à son appartenance à la communauté LGBTQIA+. La personne n’est pas une étiquette : elle a une histoire, des ressources, des envies, des contradictions, et surtout un pouvoir d’action.
En tant que membre du personnel éducatif, une impulsion peut naître : celle de vouloir aider, voire "sauver". L’accompagnement ne consiste pas à agir à la place de la personne, mais à lui permettre de faire ses propres choix. Être un point d’appui, c’est soutenir sans diriger, proposer sans imposer.
Les difficultés rencontrées par les jeunes LGBTQIA+ à l’école sont, la plupart du temps, causées par leur environnement. Se centrer uniquement sur la personne ne permettra donc pas de régler la situation. Accompagner, c’est aussi agir sur le cadre dans lequel évoluent les jeunes.
La première question à se poser est : quelles normes circulent dans l’école ?
Les remarques sur le genre, les blagues homophobes et transphobes, les stéréotypes sexistes ou les attentes implicites sur ce qu’est un garçon ou une fille participent à construire un climat hostile, voire insécurisant pour les jeunes. Lorsqu’ils ne sont pas remis en question, ces actes peuvent renforcer le sentiment d’exclusion et normaliser la violence.
Dans ce contexte, ne pas banaliser les comportements LGBTQIA+phobes est primordial. Intervenir ne signifie pas humilier l’auteur·rice, mais poser un cadre clair :
Il s’agit de trouver un équilibre : laisser place à l’apprentissage mais ne pas laisser passer les violences.
Ce travail se fait aussi collectivement. Les représentations cishétéronormatives peuvent être questionnées lors d’entretiens individuels, mais aussi à travers des échanges avec la classe, des supports (films, jeux, discussions, affiches) ou des moments de sensibilisation. Ces échanges permettent de déplacer le regard, de susciter l’empathie et de déconstruire les normes dans lesquelles on évolue.
Enfin, il est primordial de ne pas faire porter à la victime la responsabilité de sa propre protection. Ce n’est pas à elle de s’adapter à un environnement hostile, de se cacher pour ne pas être prise pour cible. C’est à l’institution de créer un cadre sécurisant et inclusif et aux membres du personnel éducatif de le faire respecter.
Accompagner une personne, c’est aussi, voire surtout, se questionner soi-même. Les interventions du personnel éducatif sont façonnées par leurs valeurs, leur histoire personnelle, leurs émotions et leurs représentations. Même inconsciemment, on peut reproduire des stéréotypes ou projeter son propre vécu.
Cela suppose un travail de réflexivité :
Lorsque l’on se sent proche de la situation, notamment en tant que personne concernée ou engagée, on court souvent le risque de projeter son propre parcours sur celui de l’autre. Il est important de ne pas imposer son vécu et ses besoins à la victime.
À l’inverse, se réfugier derrière une posture de neutralité pose aussi problème. Ne rien dire, ne pas intervenir, éviter de se positionner peut donner l’illusion d’une posture professionnelle « juste ». Pourtant, cette neutralité apparente contribue en réalité à perpétuer des situations injustes.
L’objectif n’est donc pas de devenir parfaitement neutre, mais de prendre conscience de ce que l’on apporte dans la relation et de respecter le devoir professionnel de maintenir un cadre sécurisant pour toustes.
Dans ce cadre, la méthode de la démarche interculturelle peut être un repère utile :
Cette posture demande d’accepter l’incertitude, le doute, parfois l’inconfort. Elle implique aussi de reconnaître ses limites et accepter de ne pas toujours avoir de bonne réponse dans l’immédiat.
Il n’existe pas de posture parfaite pour accompagner une personne LGBTQIA+ en milieu scolaire. Mais chacun·e a la responsabilité professionnelle de questionner régulièrement sa pratique.
Accompagner, c’est naviguer entre plusieurs tensions :
C’est accepter que sa posture évolue, se transforme, se confronte à la réalité du terrain. C’est aussi reconnaître que l’on fait partie du système dans lequel on intervient, et que chaque choix, même le plus minime, a un impact.
Être un point d’appui ne signifie pas être sans faille. Cela signifie être suffisamment réflexif·ve pour continuer à apprendre, à s’ajuster… et à rester, autant que possible, un soutien pour les jeunes qui en ont besoin.
AGIS CONTRE LES VIOLENCES A L'ECOLE
Merci à France Meler-Fite pour son aide dans la rédaction de cet article.